Au commencement
C’est l’histoire d’un échec
Ou plutôt de l’échec d’une envie d’échouer.
Pour mieux comprendre, rembobinons les années.
Fin des années 80, la rivalité, la compétition, le « pousse-toi de là que j’m’y mette » sévissent dans ce lycée de Boulogne-sur-Mer.
Observateurs amusés et désabusés de ces conventions indéboulonnables, une bande de mecs adopte le parti d’en rire.
Une phrase entendue dans un spectacle sera leur credo :
« Quand on voit la gueule de la réussite, ça nous donne envie d’échouer »
D’accord sur rien, ils se réunissent alors au sein d’un collectif de divergences.
À leur palmarès, on notera une manifestation pour la suppression des moquettes murales, une autre réclamant une belle arrière-saison. Effrayés de se voir devenir une force politique majeure, ils se sabordent pour devenir une formation musicale à vocation thérapeutique. Des esprits chagrins racontent que cette réorientation fut provoquée par le succès qu’un groupe rock nouvellement constitué dans leur lycée avait auprès des filles.
Faire un groupe
Mais comment faire un groupe de rock quand les attitudes attendues dans les différentes chapelles de cette catégorie musicale vous semblent grotesques ou pathétiques ?
Refuser de se soumettre à ces tables de la Loi c’est probablement se voir refuser l’indispensable certificat d’aptitude.
Allaient-ils devoir dire « yes I », « Babylone », « Jah », « ganja » s’ils s’essayaient au reggae ?
Faudrait-il des titres comme « camisole », « contrôle mental »… S’ils versaient dans le punk ?
Ou encore s’inoculer la tuberculose s’ils sombraient dans le gothique ?
La réponse était dans le pas de côté.
Oui, ils adoraient le rock’n’roll, étaient fans de Madness, des Ramones, des Clash, Devo, de Screamin Jay Hawkins, Fela, James Brown, Funkadelic... mais n’étaient dupes en rien de cette grande escroquerie.
Ils avaient vu fleurir les très médiatiques concerts de charity business, lu les biographies réécrites par l’industrie du spectacle mais avant tout et parallèlement à tout cela ils étaient biberonnés à Charlie Hebdo, Fluide Glacial, Monty Python, John Waters, Noël Godin, Cavanna, Reiser, Gébé…
Ensuite ils n’avaient aucun complexe à chanter en français puisque c’est la chanson qui les avait conscientisés. Leurs professeurs d’irrévérences et de fantaisie avaient pour nom François Béranger, Georges Brassens, Jacques Higelin, Marie-Paule Belle, Fréhel, Damia, Renaud, Sarclo, Pierre Vassiliu…
Animateurs à la maison des jeunes du quartier, leur répertoire est tout d’abord constitué de reprises testées devant les agités des centres de loisirs. Puis viendront les premières compositions avec toujours en tête cette phrase de Coluche :
« Je préfère faire marrer le prolo que de faire penser dans les familles »