À creuser l’épaisseur du son, les dernières décennies ont vu se développer une sensibilité pour les composantes « spectrales » de la musique. Mais poètes, philosophes, scientifiques et compositeurs parlent-ils tous des mêmes spectres ?
Face A – par David Christoffel
Le développement des spectrogrammes a permis de creuser la connaissance des chants d'oiseaux, des timbres des instruments et du fonctionnement de certains chants africains. Dans le même temps, des philosophes comme Bachelard et Derrida ont volontiers mobilisé la notion de spectres pour décrire des niveaux de réalité alternatifs. Parlaient-ils de la même façon ? Et s'il y a malentendu, que nous offre-t-il justement à entendre.
Face B – par Camille Lienhard
Le qualificatif de spectral identifie aujourd’hui des démarches qui, sur l’appui des acquis techno-scientifiques de la psychoacoustique et de l’informatique musicale, rapportent, depuis les années 1970, les échelles de la composition musicale aux dimensions constitutives du phénomène sonore. L’usage du mot recouvre toutefois une équivoque épistémologique et esthétique quant à la nature exacte et à la fonction artistique des connaissances engagées, dont l’assimilation du spectral à l’objet spectre constitue le symptôme le plus significatif.