Dans un moment de la soirée, je m'agenouille devant toi et je te tends un bol. Ce qu'il contient a poussé à moins de cinquante kilomètres d'ici : des fleurs de haie, une racine de terrain humide, des feuilles froissées entre mes doigts, des noisettes, du miel d'un rucher de forêt. Rien n'a pris l'avion. Rien n'a été acheté à un peuple qui n'est pas le mien.
Elle porte le nom de son cœur : l'aubépine. L'arbuste des haies de chez nous, celui qu'on ne coupait pas, celui qui bordait les chemins et gardait les seuils. Les herboristes d'Europe l'appellent depuis toujours la plante du cœur — et elle l'est doublement : elle soutient le muscle, et elle desserre ce qui serre.
Cette médecine, la Coupe de l'Aubépine est un breuvage ancestral traditionnel de Cérémonie Alémanique, utilisé par les femmes et hommes "guides" des régions du Sud-Ouest de l'Allemagne, Suisse alémanique, Alsace et Vorarlberg Autrichien. Constituée de plantes médecines avec pour maitre l'Aubépine (crataegus monogyna, angelica archangelica, juniperus communis, malus domestica, melissa officinalis, verbena officinalis, artemisia vulgaris, tilia cordata, corylus avellana, Miel local, sel gris, Sambucus nigracorylus)
L'EXPÉRIENCE DE LA COUPE D'AUBÉPINE :
D'abord la chaleur. Elle entre par la bouche, descend derrière le sternum, et le corps répond aussitôt : les vaisseaux de la peau s'ouvrent, les épaules descendent d'un centimètre, la respiration s'allonge sans que tu l'aies décidé. C'est mécanique, c'est involontaire, et c'est déjà tout le travail commencé.
Puis l'amertume. Elle est franche — l'armoise et la verveine ne mentent pas. Ne la fuis pas : l'amer est le goût que nous avons chassé de nos vies, et c'est lui qui réveille. Sur la langue, il déclenche un réflexe très ancien qui remonte jusqu'au nerf vague, celui qui relie le cerveau au ventre et commande le repos. L'amertume est ce qui te rend présent. Le sucré console ; l'amer convoque.
Ensuite l'aubépine fait son travail. Comme le Cacao, elle travail le coeur, l'ouvre, le libère, elle apaise ce qui étreint. Tu remarqueras peut-être, une demi-heure plus tard, que quelque chose au milieu de la poitrine a cessé de tenir. Une joie, une extase qui s'est allumée. Puis l'action ciblée et rythmée des autres plantes médecines au service de l'Aubépine.
L'Aubépine, c'est Maire, la Mère, la Source Féminine. Le Coeur d'or.
CE QU'ELLE FAIT Á TON ÉNERGIE :
Il y a en médecine tibétaine — que j'ai étudiée des années auprès d'une lignée vivante — une notion que je n'ai retrouvée nulle part ailleurs avec autant de justesse : le rlung, le vent. C'est le souffle qui circule et qui porte le mental. Quand il est juste, tu es traversé. Quand il monte, se disperse et se dérègle — trop d'écrans, trop de stimulation, trop de pensée, pas assez de sol — tu deviens agité, insomniaque, incapable de sentir, séparé de ton propre corps. Nous vivons presque tous, ici, en dérèglement de vent.
Le remède du vent est toujours le même, du Tibet à l'Ardenne : chaud, gras, sucré, nourrissant, lent. C'est exactement ce que tu tiens dans les mains. Ce n'est pas une coïncidence : les traditions qui savent quelque chose finissent toujours par se rencontrer.
Et il y a une différence que je tiens à nommer, parce qu'elle est le cœur de ces veillées. Beaucoup de médecines travaillent par expansion : elles ouvrent, elles dilatent, elles font monter. Celle-ci travaille à l'inverse. L'aubépine est l'arbre des haies — la plante des limites, des lisières, de ce qui borde le champ et protège le seuil. Sa fonction n'est pas de t'ouvrir davantage. Sa fonction est de te contenir assez pour que tu puisses enfin te laisser aller. On ne s'effondre pas dans le vide. On s'effondre dans quelque chose qui tient.
CE QU'ELLE PORTE, PLUS VIEUX QUE NOUS
L'aubépine porte sur la même branche une fleur blanche et une épine. Aucune autre plante ne dit aussi bien ce que nous venons faire ici : la blessure et la floraison n'ont pas deux bois différents, elles ont le même. C'est de l'endroit qui a été percé que ça fleurit. C'est pour cela qu'on ne vient pas réparer quoi que ce soit — on vient regarder ce qui est là.
Nos aïeux ne coupaient pas l'aubépine ; en Irlande on détourne encore les routes pour l'éviter. Chez nous elle bordait les seuils et les chemins, elle fleurissait en mai, et la tradition chrétienne a fini par voir dans son bois épineux celui de la couronne. Arbre de la limite, arbre du seuil, arbre du cœur percé et fleuri.
Le miel qui l'adoucit est la première substance sacrée d'Europe, bien avant le vin. On en faisait l'hydromel qu'on versait aux morts et qu'on partageait aux serments ; les Nordiques racontaient que l'hydromel volé aux géants donnait la parole inspirée, et que celui qui en avait bu ne pouvait plus dire que vrai. Si tu prends la parole dans le cercle, souviens-t'en.
Et la noisette : dans les récits d'Irlande, neuf noisetiers penchent au-dessus du puits de toute connaissance, et ce qui tombe de leurs branches donne la sagesse à qui le mange. La sagesse n'y est jamais conquise. Elle tombe — il faut seulement être assis dessous.
Hildegarde de Bingen, abbesse rhénane du XIIᵉ siècle, a forgé un mot pour cette force qu'elle voyait circuler pareillement dans les plantes, les corps et les âmes : viriditas, la verdeur. Elle en a fait des traités de médecine et de la musique. Elle est morte à quatre-vingt-un ans à quelques lieues de ma vallée. Nous n'avons rien perdu. Nous avons seulement cessé d'y aller boire.
À dire clairement :
Cette boisson n'est pas psychotrope. Elle ne modifie pas ta conscience, ne provoque ni vision ni ivresse, et tu reprendras la route sans difficulté. Cette coupe n'est pas un véhicule : c'est une porte, une fréquence. Ce qui travaille ensuite, c'est le cercle, le chant, le rythme et le temps qu'on leur donne.
Rien ici ne te fera partir. Tout ici est fait pour que tu arrives.
LE RYTHME DE LA VEILLÉE : TROIS HEURES ET DEMI.
L'ordre n'est pas décoratif : chaque temps rend le suivant possible. On ne traverse rien sans avoir d'abord été accueilli, et on ne quitte pas un cercle sans être revenu dans son corps.
20:00 :
L'accueil
Chaussures à l'entrée, tisane d'attente, lumières basses. On ne commence pas quand tout le monde est assis — on commence quand tout le monde est arrivé
20:20 :
L'intention
Le cercle se ferme. Je pose le cadre et le silence. Chacun dépose une intention — un mot, une phrase, ou rien du tout. Ce que tu nommes ce soir-là oriente toute la nuit.
20:45 :
L'accueil de la médecine
Je sers la coupe à chacun, à genoux, une personne après l'autre. Puis nous buvons ensemble, en silence, sans se presser. C'est un moment court et c'est lui qui donne le ton.
21:00 :
Le temps de la cérémonie
Le grand temps. Chants portés à plusieurs voix, musique jouée en direct — guitare, voix, boucles, tambour. On chante ensemble : il n'est pas question de chanter juste, il est question de chanter avec. Certains restent assis, d'autres s'allongent, d'autres se lèvent et dansent. Le corps décide. Je circule et j'accompagne qui en a besoin.
22:20 :
La redescente
La musique s'éteint lentement. Silence, allongement, obscurité. On laisse redescendre — c'est souvent là que les choses se déposent pour de bon.
22:45 :
L'intégration et le partage
Retour au cercle assis. Parole libre pour qui veut déposer ce qui a traversé. On n'interprète pas, on ne conseille pas, on ne commente pas. On reçoit — et recevoir sans rien ajouter est le plus grand service qu'un groupe puisse rendre.
23:15 :
La clôture
Quelque chose de chaud et de salé à manger, on reprend poids et matière. Le cercle se referme, on le nomme. Ce qui s'est dit ici reste ici.
23:30 :
La nuit
Fin. La nuit dans votre lit sera la suite de votre travail avec vos songes et les autres mondes.
LES EFFETS :
Souvent
- Une détente profonde, physique, du genre qu'on ne s'accorde plus jamais
- Des larmes qui viennent sans raison identifiable — et le soulagement qui suit
- Le sentiment d'appartenir à quelque chose de plus vaste que sa propre histoire
- Un sommeil dense la nuit suivante
- Une décision qui devient évidente sans avoir été réfléchie
- Un travail profond, libérateur, des visions et prises de conscience.
Parfois
- Rien de spectaculaire, et une paix qui se révèle trois jours plus tard
- De la colère, de l'ennui, de la résistance — c'est du travail aussi
- Une image, un mort de la famille, un souvenir d'enfance qui remonte entier
- De la fatigue le lendemain : le corps a déplacé quelque chose
Je ne te promets aucune transformation. Je te promets un cadre tenu, un groupe respectueux, et trois heures et demie pendant lesquelles personne ne te demandera d'être utile. Ce qui pousse là-dedans ne m'appartient pas.
VIENS SI :
- Tu traverses un passage — deuil, séparation, bascule professionnelle, maternité, cinquantaine
- Tu fais déjà un travail sur toi et tu cherches un lieu pour l'incarner en groupe
- Ta vie fonctionne et quelque chose, dedans, ne respire pas
- Tu cherches un chemin spirituel enraciné ici plutôt qu'importé
- Tu n'as jamais fait ça de ta vie et l'idée te trotte quand même
ATTENDS SI :
- Tu cherches un état modifié de conscience : ce n'est pas le lieu
- Tu traverses une crise psychique aiguë — un accompagnement individuel te servira mieux d'abord, et je peux t'orienter
- Tu viens observer les autres sans t'engager
- Tu ne peux pas rester jusqu'au bout : la sortie du cercle fait partie du cercle
VIGILANCE & PRÉCAUTION !
La coupe contient de l'aubépine, de l'armoise, de la mélisse, de l'angélique, de la verveine officinale, du tilleul, du miel et du lait de noisette.
Écris-moi avant de réserver si tu es enceinte ou allaitante, si tu suis un traitement cardiaque ou anticoagulant, si tu es allergique aux astéracées (armoise, camomille, achillée) ou aux fruits à coque, ou si tu prends un traitement psychotrope.
Une version sans armoise et sans noisette peut être préparée à part. Il suffit de me le signaler à l'inscription : c'est prévu, ce n'est pas un dérangement. Et il est toujours possible de participer à la veillée sans boire.