dédié à la peinture de la seconde moitié du XXe.
Exposition “ L’ABSTRACTION EST UNE COULEUR “
La couleur, une quasi indécence dans ces années d’après-guerre, incarne pour d’autres l’urgence de la vie. À travers les œuvres de vingt-six artistes, ce n’est pas tant une histoire linéaire de l’abstraction qui se donne à voir qu’un champ d’expérimentation où s’élabore un langage, structuré par ses propres tensions internes, entre construction et surgissement.
L’exposition prend le contre-pied de cette lecture en remplaçant la dimension chromatique au centre du processus pictural, non plus comme simple attribut, mais comme principe actif capable d’organiser l’espace, de produire du sens et d’engager le regard dans une expérience qui excède la perception immédiate.
Ce déplacement conceptuel s’incarne dans une scénographie pensée par Françoise Oppermann avec la complicité du commissaire d’exposition Antoine Villeneuve, qui au-delà d’accompagner les œuvres, en prolonge les effets. Les tonalités choisies pour les espaces d’exposition entrent en résonance avec les œuvres, tout en révélant les lignes singulières de l’architecture du lieu. Il ne s’agit plus d’accrochage au sens classique mais plutôt d’un dispositif ou l’environnement participe de sa lecture, modifiant les rapports d’échelle, de profondeur et d’intensité.
Les vingt-six artistes réunis composent un ensemble hétérogène, couvrant près de quatre-vingts ans de création. De Karel Appel à l’artiste vivante Fabienne Verdier, en passant par le vibrant Hans Hartung, Serge Poliakoff, Simon Hantaï ou Victor Vasarely, pour ne citer qu’eux, l’abstraction est une couleurne cherche ni à homogénéiser les pratiques ni à établir une typologie. Elle met au contraire en évidence des positions parfois divergentes, dans un contexte historique esthétique qui accepte mal le recours aux éclats de la couleur, mais reliées par une interrogation commune : Que devient la peinture lorsque la couleur cesse d’être subordonnée à la représentation ?
La palette de Kim Smith d’une intensité, lumineuse, presque dissonante, vise l’équilibre précaire, comme si chaque composition cherchait son propre point de stabilité. À l’inverse, Nicolas de Staël affirme une approche où la couleur s’inscrit dans une logique de construction. Dans Chevreuse, acquisition récente du musée du Niel, huile sur carton réalisée en extérieur, les tonalités larges et compactes s’agencent selon une rigueur quasi architecturale. La matière impose une temporalité lente, invitant à une lecture stratifiée où chaque plan chromatique participe à une organisation silencieuse de l’espace.
À ce titre, l’abstraction est une couleur pourrait proposer une définition stabilisée de l’abstraction mais elle préfère en déplacer les lignes. Délivrée de toute fonction descriptive, la peinture y redéfinit ses propres moyens. Les couleurs : cuirée, puissante, éclatante, orageuse, organisent l’espace autant qu’elles produisent du sens. Elles engagent le regard dans une expérience qui relève moins de l’identification que d’une forme d’attention active. Cette orientation trouve un écho dans le projet même du musée Du Niel, fondée par le collectionneur Jean-Noël Drouin, dans une demeure restaurée des années 60 tournée vers la Méditerranée. Né d’un désir de partage, plutôt que d’une ambition institutionnelle, le lieu s’inscrit dans un rapport direct au regardeur. Située face au port du Niel, elle offre un contexte où la rencontre avec les œuvres s’affirme centrale. L’émotion, loin d’être un effet secondaire, y apparaît comme un mode d’accès à la compréhension.
En posant la question, volontairement ouverte, de savoir si l’abstraction peut être pensée comme une couleur, l’exposition invite à considérer que la peinture abstraite, dans sa diversité, engage une réflexion sur ses propres conditions d’existence. Elle dessine un espace où le regard, au-delà de voir, apprend à se situer.
2- Fondation Carmignac
Nous prendrons la navette de 14H30 pour Porquerolles, et 15 ' de marche vers la Fondation Carmignac
SEA, POP & SUN
La Fondation Carmignac présente Sea, Pop & Sun, une ode éclatante à la liberté et à la vitalité des années 1960 et 1970, à travers l’invocation de l’esprit Pop. À la Villa Carmignac, nichée entre les pins et la mer, se déploie un Pop Art solaire, sensuel et planant qui, jusqu’à aujourd’hui, continue de diffuser son énergie électrique.
Avec un nom inspiré du titre provocateur du hit de Serge Gainsbourg, l’exposition nous emporte dans le fantasme d’une virée en bord de mer, à une époque où la révolution sexuelle bouleversait les codes, où les mœurs se transformaient, où tout semblait possible. Le sud de la France et ses plages n’étaient alors pas seulement des images de vacances, mais des échappées vers des horizons de liberté et de transgression.
Ici, loin des villes, dans la lumière, les couleurs et les parfums de la Méditerranée, le Pop Art révèle des facettes inédites. Il ne se nourrit plus d’objets du quotidien ou de réclames urbaines, mais de motifs d’une autre dimension : le ciel, la mer, le soleil et les vacances. Tout en célébrant leur intégration dans la société de consommation, le Pop Art fait aussi surgir de ces paysages et de ces scènes estivales une sensualité et une intensité nouvelles, parfois même cosmiques.
Derrière l’exaltation portée par les pionniers du Pop Art, comme par celles et ceux qui s’en inspirent aujourd’hui, affleure la conscience d’un paradis éphémère, avec ses artifices et ses désillusions. L’hédonisme sans entraves – notamment dans des lieux de vacances aujourd’hui saturés et fragilisés par la surconsommation – fait face à ses conséquences et n’a plus tout à fait la même saveur.
Quel souffle et quel élan l’esprit Pop peut-il encore donner
Rassemblant plus de 80 œuvres – dont 15 issues de la collection Carmignac – Sea, Pop & Sun, sous le commissariat des historiens de l'art Dieter Buchhart et Anna Karina Hofbauer, fait dialoguer des icônes du Pop Art comme Roy Lichtenstein, Andy Warhol, Marjorie Strider, Evelyne Axell, ou Martial Raysse, avec des artistes contemporains qui prolongent ou interrogent ce mouvement, comme Théo Mercier, Derrick Adams, Cosima von Bonin ou Judy Chicago.
À travers une sélection de peintures, sculptures, photographies et vidéos, l’exposition ravive un état d’esprit : celui d’un monde tourné vers une joie de vivre éclatante, conscient de ses contradictions, mais toujours animé par le même désir de liberté.