La réparation est politique : elle se joue au coin de la rue
Réparer n’est jamais un geste isolé. Derrière un ourlet repris ou un talon recollé, il y a une personne, un atelier, une adresse.
Ces adresses, on les a laissées disparaître. Dans les années 1960, la France comptait 30 000 à 40 000 cordonniers. Ils sont 3 500 aujourd’hui. À leur place, des enseignes qui produisent ailleurs, vendent partout et ne réparent nulle part. Jeter coûte moins cher que réparer : ce n’est pas un hasard, c’est un modèle économique.
Résultat : trois Français sur quatre ont déjà jeté un vêtement réparable. Un sur trois l’a fait faute de savoir à qui s’adresser. Les gens ne manquent pas de volonté, c’est le territoire qui a perdu ses repères.
Et le temps presse. Les réparateurs ont 53 ans en moyenne. Sans transmission, les ateliers d’aujourd’hui fermeront demain.
Relocaliser la réparation, c’est garder la valeur là où vivent les gens. On ne dépose pas sa veste chez la couturière comme on clique sur « commander » : on discute, on revient, on se reconnaît.
Alors, à qui appartiennent nos rues ? Aux enseignes qui changent de collection chaque semaine, ou aux mains qui savent faire durer ?
Réparer, c’est habiter son territoire.