Mélanger Brassens et Les Beatles, ça donne les Bratles.
Même si Baudelaire disait que « le bizarre est le commencement du beau », j’étais dubitatif. Fan des deux, je m’interrogeais sur cet alliage improbable entre le poète sétois et les Fab Four de Liverpool.
Alors, je suis allé voir de mes propres yeux à quoi ressemblait cette curieuse alchimie. Margot sur Let it be ou La Canne de Jeanne sur Love me do, mon oreille a été dérangée, puis étonnée et, à la fin, charmée. Parce que : oui ! Ça marche, ça s’harmonise.
« De Brassens, on retient avant tout les paroles mais il y a aussi la musicalité des mots qui s’accorde avec les airs des Beatles. Gare au Gorille, ça claque. » Rappelons que Brassens a été repris en jazz…
J’ai envie d’en savoir plus. Comment techniquement, est-ce possible ?
« Pour certains morceaux, on a pu faire du copier-coller, pour d’autres c’est plus
compliqué, mais nous avons toujours le souci de bien respecter les sublimes textes de Brassens qui font partie de notre patrimoine culturel. »
Pour ces artistes atypiques, l’aventure a commencé en 2018 lors de l’anniversaire d’un couple d’amis. L’une fan des Beatles, l’autre de Brassens. Passer d’un registre à un autre, pourquoi pas quand il s’agit de faire plaisir, et jamais à court d’imagination, eurêka, ils se mettent à mixer les deux à la
grande surprise de l’assistance. C’est le déclic. Ils créent une compagnie théâtrale et décide d’en faire leur marque de fabrique.
Aujourd’hui, leur répertoire compte 50 morceaux. « Un vrai travail collectif d’émulation, on bosse dur en s’amusant. »
Dans une généreuse folie douce, ce groupe donne un spectacle qui conjugue subtilement maîtrise musicale à base de cordes et de percussions et créativité clownesque. Tenues vestimentaires, perruques, couleurs flashy : rien n’est négligé pour faire passer un bon moment.
Il y a Olivier à la guitare, chanteur à la voix de rocker, Hugues le touche-à-tout, musicien facétieux, tromboniste et batteur, Wilhem, le bassiste placide et pince sans rire. Et tous les trois nous embarquent dans leur folie douce.
À portée de main, des outils faits de bric et de broc complètent la savante conjugaison des notes et des mots. Il y a les noix de coco pour faire le bruit du cheval, la boîte à orage, la planche à laver, le udu pour reproduire ce roulement si particulier de Come together. C’est sérieux sans se prendre au sérieux. Le ton satyrique et la rythmique, l’humour et la bonne humeur, Brassens est bien là et, sur le rythme rock, il nous enchante.
Les standards des Beatles que l’on connaît tous mettent en valeur la virtuosité des mots de Brassens : n’est-ce pas cela le pari risqué des Bratles ? « Pourquoi philosopher alors qu’on peut chanter ? » aimait dire l’auteur des Copains d’abord. Ses paroles, toujours actuelles, disent beaucoup de notre société. « Même les jeunes qui ne connaissent pas Brassens nous disent qu’ils ont envie de le découvrir. »
À la fin du spectacle, on est… Heureux qui comme Ulysse !
Gilles Trichard
journaliste