Cécile BABIOLE (Artiste)
avec la participation de Grégoire LAUVIN (Artiste, enseignant)
Loops of the Loom, littéralement « boucles du métier à tisser », est un corpus d’œuvres tissées à partir de fils électriques. Ces câbles sont capables de transmettre des signaux audio, si bien que ces tissages sont des pièces sonores. Le projet s’appuie sur la nature intrinsèquement algorithmique du tissage. Chaque tissu est structuré par un pattern récurrent, connu sous le terme d'« armure ». L'armure est le schéma fondateur, l'algorithme qui dicte la manière dont les fils de trame et de chaîne s'entrecroisent. La grille que forment la chaîne et la trame des tissages est interprétée par Cécile Babiole comme une partition rythmique et les motifs colorés sont traduits en séquences sonores selon un protocole systématique. Les couleurs des fils de chaîne et les passages des fils de trame au dessus ou au dessous des fils de chaîne déterminent la nature et la hauteur des sons. Chaque tissage diffuse une courte composition vocale originale composée, « performée » et enregistrée par l’artiste, car le choix d’une voix féminine semble cohérent avec l’histoire et la pratique du tissage dès les origines. La figure de la grille est au centre du travail. Son inspiration se réfère autant aux tissages issus des sociétés matriarcales préhistoriques qu’à ceux présents dans les mémoires vives magnétiques incorporant des tores de ferrite des ordinateurs des années 1955 à 1975. Avec Loops of the Loom Cécile Babiole fait confluer plusieurs axes de recherche qu’elle explore depuis des années : technologie, art plastique, art sonore, langage et genre.
Biographie :
C'est à la croisée des questions de langue, de technologie et de genre que se développe le travail artistique de Cécile Babiole. Attentive à l'impact du déploiement technique, elle analyse les usages pour créer des œuvres (installation, sculpture, son, vidéo, performance, édition...) qui détournent les langages (informatique, écrit, oral) et mettent en lumière leurs codes ou fonctionnements. Entre analogique et numérique, entre artisanat et informatique, entre pratique sonore et volume, elle déploie un regard sur notre environnement et ses outils. Dans son œuvre, le tissage devient partition, des systèmes radio se transforment en chat, et les typographies s'usent ou se mixent. Avec Anne Laforet, Cécile Babiole est aussi Roberte la Rousse, « une collective » qui s'exprime en « française » (c'est-à-dire « à la féminine ») et propose une relecture critique et féministe de Wikipédia à travers la performance et l'édition. Dans l'ensemble de sa production, l'artiste se joue des protocoles pour créer une œuvre interrogeant les cadres qui dirigent notre rapport au monde contemporain.
Thématique du séminaire
Le plus souvent, l’art ne rejette pas la technologie, mais s’en empare pour en révéler les enjeux sociaux, esthétiques et politiques, à rebours du discours techno-libéral dominant. L’approche artistique s’inscrit alors dans une filiation critique, nourrie par les contre-cultures (hippies, punks, électroniques) et les mouvements technocritiques (François Jarrige, Langdon Winner, Neil Postman) de désobéissance numérique (Jean Paul Fourmentraux). En transformant l’atelier en fabrique numérique (Fablabs, hackerspaces, Artlabs), ces artistes développent des espaces de production alternatifs où la technique devient outil d’autonomie. Ils y défendent des pratiques collectives et émancipatrices, en lien avec les valeurs du DIY, du hacking ou de l’open source (Pekka Himanen, L’éthique hacker). Leurs œuvres mêlent en effet des savoir-faire technologiques et artisanaux, intégrant parfois des dimensions rituelles ou magiques en écho aux imaginaires ésotériques ou cyberpunk. Ce séminaire propose d’interroger ces démarches revendiquant une ré-humanisation de la technologie, en réaffirmant l’imaginaire comme moteur de résistance et de création.
Partenaires
AMIDEX TIGER-France 2030
Aix-Marseille Université - CNE / LESA
Master Arts, parcours Création numérique
Référence projet : ANR-25-IDTFR-062