1954 est l’année du lancement de la bière 1664 par Kronenbourg. Une formidable idée publicitaire : la marque profite de l’écho du couronnement de la reine Élisabeth II pour associer son produit à une date mémorable.
1954, c’est aussi le début de la guerre d’Algérie et la bière Kronenbourg devient la boisson emblématique des appelés en Algérie.
Mon père a fait cette guerre. Il y a passé vingt-huit mois. Il ne m’en a presque jamais parlé, sinon de façon lapidaire, énigmatique. En revanche, il m’a montré des photographies : de jeunes hommes bronzés, souriants, musclés, sous un soleil éclatant. Des images qui évoquaient davantage des vacances que la guerre.
J’ai compris que cette bière était la trace d’une expérience de guerre. Une manifestation post-traumatique silencieuse. Une façon de continuer à vivre avec quelque chose dont on ne parlait jamais. Cet alcoolisme a ravagé notre famille et j’ai compris que, de cette guerre, j’avais hérité moi aussi.
La guerre est un héritage comme un autre. On hérite des silences de ses pères, des blessures de ses grands-pères, des peurs de ses frères. On hérite de ce qui n’a pas été dit.
De la guerre d’Algérie, j’ai hérité.
Mais je ne suis pas seul. Aujourd’hui, des dizaines de millions de Français sont directement ou indirectement liés à la guerre d’Algérie : anciens combattants des deux rives, familles, enfants, petits-enfants. Cette guerre n’appartient pas seulement à ceux qui l’ont vécue. Elle
continue de circuler entre les générations.