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15 octobre – Qu’est-ce que la géopolitique ?
Guerre en Ukraine, rivalité sino-américaine, recomposition des équilibres au Moyen-Orient, montée en puissance des puissances dites « intermédiaires » : autant de phénomènes qui exigent de replacer les rapports de force, les territoires et les représentations que s’en font les acteurs au cœur de l'analyse. La géopolitique offre précisément cet outillage intellectuel, en articulant données spatiales, jeux d'acteurs et dynamiques de puissance pour éclairer un monde en pleine mutation.
Mais cette discipline, encore récente dans sa forme académique et longtemps marquée par des usages contestés, ne saurait être mobilisée sans discernement. Son histoire — des origines allemandes de la Geopolitik aux réélaborations françaises portées notamment par Yves Lacoste — révèle des trajectoires intellectuelles contrastées, parfois instrumentalisées à des fins idéologiques, qu'il importe de connaître pour en comprendre les apports comme les limites. Il convient donc, pour en tirer pleinement profit, d'être au clair sur sa nature exacte : qu'est-ce qui distingue la géopolitique des relations internationales ou de la géostratégie ? Quelle est son originalité épistémologique, et quelle plus-value apporte-t-elle par rapport aux autres grilles d'analyse des phénomènes internationaux ?
Il s'agit également d'en maîtriser les méthodes et les instruments : analyse multiscalaire (du local au mondial), étude des représentations et des discours, cartographie critique, prise en compte des rivalités de pouvoir sur des territoires disputés. Cette première séance reviendra ainsi sur l'histoire de la discipline, sur son originalité par rapport aux approches voisines, sur la plus-value qu'elle apporte à la compréhension du monde contemporain, et sur les concepts fondamentaux — territoire, puissance, acteur, représentation, échelle — qui constituent le socle de toute analyse géopolitique rigoureuse.
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22 octobre – Les États-Unis, une hégémonie en péril ?
Sortis vainqueurs incontestés de la guerre froide, les États-Unis ont connu, au tournant des années 1990, un « moment unipolaire » sans précédent dans l'histoire contemporaine. Trois décennies plus tard, ils traversent une crise de confiance en leur propre modèle et en leur capacité à façonner l'ordre mondial, s'interrogeant sur leur déclin relatif autant que sur la pérennité et l’utilité de leur leadership international.
Cette remise en question trouve d'abord sa source dans les limites concrètes de la puissance militaire américaine. Sur le papier, celle-ci demeure impressionnante. Mais l'expérience du terrain, de l’Afghanistan au détroit d’Ormuz en passant par l’Irak, a révélé l'écart entre cette puissance affichée et sa capacité réelle à atteindre des objectifs politiques.
À ces difficultés opérationnelles s'ajoute un second défi, plus structurel : la contestation croissante de la prééminence américaine par des puissances rivales aux ambitions affirmées. La Chine occupe, à cet égard, une place centrale. Deuxième économie mondiale, elle conteste désormais les États-Unis sur presque tous les terrains de la puissance : technologique (intelligence artificielle, semi-conducteurs, 5G), militaire (modernisation accélérée de son armée et de sa marine), diplomatique (nouvelles routes de la soie, multiplication des partenariats en Afrique, en Asie et en Amérique latine) et normatif, en proposant un modèle de développement alternatif à celui promu par l'Occident.
C'est dans ce contexte de doute intérieur et de compétition internationale exacerbée que s'inscrit cette séance. En mobilisant les outils fondamentaux de l'analyse géopolitique, elle se propose d'examiner les forces qui demeurent celles des États-Unis, les faiblesses qui fragilisent leur position, et les ambitions qui animent tant Washington que ses rivaux.
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29 octobre – La Chine : vers la puissance globale
Le Parti communiste chinois a fait de l'accession de la Chine au rang de première puissance mondiale à l'horizon 2049 un objectif officiellement assumé. Longtemps perçu comme une ambition lointaine ou rhétorique, cet objectif semble aujourd'hui de plus en plus réaliste. Depuis la fondation de la République populaire de Chine en 1949, le pays a connu une transformation sans précédent, passant en l'espace de quelques décennies du statut de puissance régionale exsangue à celui de deuxième économie mondiale.
Cette séance se penchera sur les moyens mobilisés par la Chine pour parvenir au rang de première puissance mondiale : nouvelles routes de la soie, diplomatie économique,développement d'un écosystème technologique autonome ou renforcement de ses capacités militaires. On s'interrogera surtout sur les finalités de cette ambition pour 'interroger la nature même du projet chinois.
La Chine cherche-t-elle à s'insérer dans l'ordre international existant, quitte à le réformer de l'intérieur, ou vise-t-elle à en proposer une alternative structurelle, portée par des normes et des valeurs différentes de celles promues par les puissances occidentales depuis 1945 ? Quel usage la Chine entend-elle faire de sa puissance une fois celle-ci pleinement affirmée ? S'agit-il d'une ambition avant tout défensive, motivée par la volonté de sécuriser ses intérêts et son accès aux ressources, ou d'un projet plus offensif de repositionnement hégémonique ? Le reste du monde doit-il, dès lors, s'inquiéter de ces aspirations, s'y préparer, voire s'évertuer à les contrer dès à présent — ou ces craintes relèvent-elles davantage d'une lecture occidentale biaisée d'une puissance émergente cherchant simplement sa juste place ?
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5 novembre – La Russie à l’heure du réveil impérial
En engageant l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en février 2022, Vladimir Poutine n’a pas seulement contesté une frontière, mais tenté de remettre en cause les fondements mêmes de l’ordre international mis en place au sortir de la guerre froide, considéré à Moscou comme un carcan imposé par l'Occident au détriment des intérêts russes.
Le projet géopolitique poutinien ne se limite donc pas au théâtre ukrainien. Il vise à redessiner la carte de l'Eurasie pour mieux recomposer les rapports de force à l'échelle mondiale, en s'appuyant sur des relais dans l'ex-espace soviétique, en Afrique et au sein d'instances multilatérales dans lesquelles Moscou cherche à fédérer les puissances hostiles à l'hégémonie occidentale.
Un tel projet justifie une alliance de circonstance avec le voisin chinois, scellée par une amitié proclamée « sans limites » à la veille de l'invasion de l’Ukraine.
Cette convergence sino-russe repose sur un objectif commun : affaiblir la primauté américaine et promouvoir un monde multipolaire plus favorable à leurs intérêts respectifs. Elle demeure cependant une alliance de raison plus que de cœur, tant les ambitions chinoises en Eurasie, en Arctique ou dans les relations avec certains pays occidentaux pourraient, à terme, entrer en contradiction avec celles du Kremlin, révélant une asymétrie croissante entre un partenaire chinois toujours plus puissant et une Russie de plus en plus dépendante de son soutien.
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12 novembre – L’Europe peut-elle être une grande puissance ?
Unifiée dans la seconde moitié du XXe siècle autour de valeurs démocratiques, pacifiques et libérales, l'Europe semble inadaptée à un monde dans lequel la force prend le dessus sur le droit.
L'Union européenne, dépourvue d'armée intégrée, dépendante pour sa sécurité de l'OTAN et donc des États-Unis, et vulnérable sur le plan énergétique et technologique, apparaît à bien des égards comme un géant économique mais un nain géopolitique, pris entre des blocs qui n'hésitent pas à instrumentaliser leur force militaire, économique ou informationnelle à ses dépens.
Pourtant, elle possède de nombreux atouts pour non seulement s'adapter au nouvel ordre mondial, mais aussi en tirer profit pour s'affirmer comme une puissance de premier rang sans pour autant renier ses principes.
Cette séance essayera de mieux comprendre les différents domaines et espaces dans lesquels l'Union européenne peut agir sur la scène internationale. Il s'agira d'examiner successivement les leviers — économique, commercial, normatif, militaire et diplomatique — dont elle dispose ainsi que les espaces prioritaires de son action, qu'il s'agisse de son voisinage immédiat (Balkans, Europe orientale, Méditerranée), de ses relations avec les grandes puissances (États-Unis, Chine, Russie) ou de son rôle dans la gouvernance mondiale (climat, commerce, régulation numérique).
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19 novembre – Le Sud global : un acteur géopolitique ?
Mettant à profit les bouleversements en cours de l'ordre international, les puissances du Sud tentent aujourd'hui de se tailler sur la scène planétaire une place à la hauteur de leur poids économique et géopolitique croissant.
Portées par des décennies de croissance économique, une démographie dynamique et une industrialisation accélérée, des pays comme l'Inde, le Brésil, l'Indonésie, l'Afrique du Sud ou encore les puissances du Golfe revendiquent désormais un rôle qui dépasse celui, longtemps subalterne, qui leur était assigné dans l'ordre international dominé par les puissances occidentales.
Cette affirmation s'appuie sur un contexte favorable : l'affaiblissement relatif de l'hégémonie américaine, la multiplication des crises fragilisant le multilatéralisme et l'émergence de nouveaux pôles de puissance qui offrent aux Suds des marges de manœuvre et d’alliance inédites. Le non-alignement de nombreux États du Sud face à la guerre en Ukraine, ou encore l'activisme diplomatique croissant de ces pays au sein d'enceintes comme le G20, illustrent cette volonté de peser davantage sur les grands équilibres mondiaux.
Les tentatives d'unir leurs forces pour y parvenir sont toutefois contrebalancées par les ferments de division qui clivent un Sud qui demeure plus pluriel que global. Les BRICS élargis ou encore l'Organisation de coopération de Shanghai témoignent d'une volonté réelle de coordination et de mutualisation des intérêts. Mais ces regroupements peinent à masquer des divergences profondes : rivalités régionales, différences de régimes et d’orientations politiques, intérêts économiques parfois concurrents, et rapports très inégaux à des puissances comme la Chine, la Russie ou les États-Unis.
Cette séance reviendra sur le concept de « Sud global », sa généalogie et sa pertinence analytique.
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26 novembre – Les recompositions du Moyen-Orient
Le Moyen-Orient est aujourd'hui le théâtre de mutations géopolitiques majeures, dont les répercussions dépassent largement le cadre régional pour affecter les grands équilibres mondiaux, qu'il s'agisse des marchés énergétiques, des routes commerciales stratégiques ou des rivalités entre grandes puissances.
Les succès remportés par Israël dans sa lutte contre l'« Axe de la résistance » iranien en ont fait la puissance militaire et stratégique dominante de la région. Cette suprématie marque une rupture par rapport aux équilibres qui prévalaient depuis des décennies. Pour autant, cette position dominante demeure fragile et contestée, tant les facteurs de déstabilisation restent nombreux et profondément enracinés.
Le programme nucléaire iranien, auquel Téhéran n'a pas renoncé malgré les frappes et les pressions internationales, continue de peser comme une menace existentielle pour Israël et comme un facteur de prolifération potentielle dans une région déjà instable.
La question palestinienne, quant à elle, demeure irrésolue : la guerre à Gaza, la situation en Cisjordanie et l'absence de perspective politique crédible pour la création d'un État palestinien alimentent un ressentiment durable et fragilisent la légitimité de tout ordre régional construit sans réponse à cette question centrale.
Les États arabes du Golfe, au premier rangs desquels l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar, sont quant à eux en plein repositionnement économique et stratégique. Tiraillés entre la volonté de normaliser leurs relations avec Israël, la nécessité de ménager leurs opinions publiques sensibles à la cause palestinienne, et le maintien d'un dialogue avec l'Iran, ces États doivent redéfinir leur positionnement dans un Moyen-Orient dont les équilibres ont été profondément bouleversés en quelques années.
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3 décembre – De Ceuta aux GAFAM, qu'est-ce qu'une frontière aujourd'hui ?
Élément fondamental de la grammaire géopolitique, la frontière délimite l'aire territoriale sur laquelle un État revendique l'exercice monopolistique de la souveraineté. Héritière du modèle westphalien, elle n'est pas une donnée naturelle mais une construction historique et politique fixant les contours de l'autorité étatique, distinguant le dedans du dehors, le national de l'étranger, et organisant à ce titre l'ensemble des rapports de pouvoir entre États. Ligne de partage juridique autant que symbolique, elle est aussi le lieu où s'exercent concrètement des fonctions de contrôle qui font d'elle un instrument privilégié de la puissance étatique.
À l'heure où les migrations s'intensifient et les flux se dématérialisent, son importance se trouve ravivée en même temps que son efficacité est remise en question. D'un côté, les pressions migratoires croissantes poussent les États à réaffirmer leur souveraineté territoriale par des dispositifs de plus en plus sophistiqués : murs, barbelés, drones, coopération avec des États tiers pour externaliser les contrôles. La frontière redevient un enjeu politique majeur, au cœur des débats électoraux et des tensions diplomatiques. De l'autre, la numérisation des échanges et l'essor des grandes plateformes organisent des flux de données, de capitaux et d'influence qui ignorent largement les découpages étatiques traditionnels. Ces flux immatériels interrogent la capacité des États à faire respecter leur souveraineté dans un espace qui échappe en partie à la logique territoriale : où s'arrête la frontière d'un État face à un serveur situé à l'étranger, à un réseau social hébergé ailleurs, ou à une cyberattaque sans origine géographique clairement identifiable ?
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