Il a un peu mal au cœur, trop bu… sans doute le foie, les petites bières ou peut-être le cœur lui-même, son pauvre cœur d’ogre, ou bien cette satanée rouille qui inexorablement agit sur toutes choses, sur les poêles, les cœurs et le reste… Enfin, il faut bien se remettre au boulot, aller voir les bons petits gars et les petites filles, siroter quelques verres, regarder les couchers de soleil, se faire des petits gueuletons et puis être méchant du mieux qu’on peut. Faut bien vivre…
Gueule tordue, barbe hirsute, nez rouge et yeux lunaires, le Boudu débarque sur scène comme un ivrogne débarque au bar du coin. Ogre, clown ou clochard céleste, allez savoir, le Boudu, c’est peut-être tout ça à la fois : un zigue étrange qui marmonne dans sa barbe, prêt à tout casser en un tour de main. Ou peut-être juste un personnage d’une humanité profonde, dont la monstruosité n’est finalement qu’une histoire de solitude extrême.
Tour à tour effrayant et attachant, Boudu parvient pourtant à émouvoir, à faire rire aux éclats. Avec Par le Boudu, Bonaventure Gacon, fondateur du Cirque Trottola, inaugure une poésie brute qui violente, bouscule et hisse l’art du clown au panthéon des très grands.
Le Télégramme – mars 2009