À propos du thème du premier mouvement de la Deuxième Symphonie de Borodine, le musicologue André Lischke écrit : « Si Beethoven avait été russe, il l’aurait écrit. Il comporte quelque chose d’inéluctablement fatidique ! ». Pourtant, Beethoven opte, dans son unique concerto pour violon, pour une écriture empreinte de sérénité et un caractère presque pastoral, qui tranchent avec l’énergie implacable de la symphonie de Borodine. Dans le Concerto pour violon, la voix soliste se met au service du discours orchestral plus qu’elle ne cherche à s’en distinguer, et Beethoven se garde de tout excès d’emphase malgré la virtuosité qu’en exige l’interprétation. La Deuxième Symphonie, dite « épique », exalte au contraire avec force et éclat un imaginaire médiéval dans un esprit se voulant profondément russe.
Ces deux chefs-d’œuvre aux tempéraments si opposés partagent pourtant un même destin : tous deux reçurent, pour des raisons différentes, un accueil mitigé lors de leur création avant de s’imposer ensuite durablement dans le répertoire de leurs compositeurs respectifs.
Ludwig van Beethoven, Concerto pour violon en ré majeur, op. 61
Alexandre Borodine, Symphonie n°2 en si mineur, op. 5
Orchestre Sorbonne Université
Nicolas Agullo, direction
Lucia Luque, violon solo