Pour clôturer leur année de théâtre, les étudiant·es accompagnés de leur professeure et metteuse en scène Carole Errante, présentent le fruit de leur travail autour de l'oeuvre Home Movie, de Suzanne Joubert.
Imaginez un espace comme laissé en plan. Une sorte de lieu, témoin d'une chose en cours, pas finie, ou pas encore commencée...
Un espace occupé par de simples petits humains sans histoire, en somme, qui tiennent leur rôle, qui tiennent leur place, malgré un plancher incertain.
Tous et toutes là, juste pour faire ce qu'il y a à faire. Parler du bonheur d'être là, des atouts de l'endroit, de l'été infini, de porte fermée, de vue incomparable, du rôle à tenir, de valises pleines, de murs infranchissables, de prévisions, d'enfants qui font les pitres, du plancher qui vibre, d'Indiens qui guettent… Ça parle du dedans. Et puis ça parle du reste.
Le reste c'est la porte ouverte et le seuil. Et juste au-delà du seuil... le dehors : la forêt, les bourrasques, les fantômes, les léopards et surtout, surtout : les Voisins. Ces Voisins indéfinis et indéfinissables. Ces Voisins, ces autres, envahissants, effrayants, menaçants…
Alors, les petits humains sans histoire tentent de mettre des mots sur ce qu'ils sont, sur ce qu'ils ont, sur la place qu'ils occupent, alors qu'à l'évidence ils savent qu'ils ne maîtrisent plus rien. Ils sont totalement dépassés, vulnérables, confrontés à une réalité visible qui ne correspond pas à leur discours. Ils en « ont le droit ». Alors face au drame qui les menace, ils unissent leurs voix pour dire sans rien dire. Ensemble, ils se rassurent, « derniers du genre humain », coupés de l'extérieur, dont ils perçoivent les bruits et les ombres. Ils échangent sur ce qui paraît pour eux des évidences, des constats. Mais ces constats évidents (pour eux) se transforment peu à peu en fermeture totale, en refus de l'autre, du différent, de l'étranger. Alors le banal devient le pire et par glissement et l'air de rien, le racisme ordinaire s'insinue peu à peu.