Séminaire transdisciplinaire en études africaines 2026-2027
Fri Oct 16, 2026 at 10:00 AM to Fri Apr 02, 2027 at 01:00 PM
Timezone : Europe/Paris
Institut Catholique de Paris, Rue d'Assas, Paris, France
Séminaire transdisciplinaire en études africaines 2026-2027
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Des boucs émissaires à la responsabilité collective
Regards croisés sur les violences et les victimes en Afrique
 
Face aux crises sociopolitiques, à l’insécurité et aux peurs provoquées par les épidémies de sida et d’ebola ou la peur des étrangers, la recherche des causes conduit certains Africains et Occidentaux à trouver des explications scientifiques. D’autres proposent des réponses plus ou moins religieuses jetant des ponts entre des imaginaires collectifs sous forme de conspirations et de complots. Comment penser l’engagement des croyants face à des situations sociopolitiques qui semblent s’imposer à eux ? Le croyant vise une certaine « efficacité » quand il s’engage dans la prière ou en faveur des personnes défavorisées. Peut-il s’inspirer d’Ignace de Loyola, en priant comme si tout dépendait de Dieu et en agissant comme si tout dépendait de lui ?
 
Durkheim a montré que les rites produisent une « force collective » réelle qui cimente la communauté morale des croyants, indépendamment de leurs résultats matériels immédiats. À la suite de Max Weber, qui a distingué trois figures d’autorité religieuse, le prêtre, le prophète et le sorcier, dont les modes d’action sur le monde diffèrent, cette question s’impose : pourquoi l’inefficacité perçue de la prière déclenche-t-elle des dynamiques sociales différentes selon le type d’autorité religieuse mobilisée ?
 
Sur le plan théologique, il semble préférable de parler de « fécondité » plutôt que d’« efficacité » religieuse, en s’appuyant, en ce qui concerne les chrétiens, sur l’événement pascal évoqué par le verset de Jn 12,24 : « Le grain de blé qui tombe en terre et meurt porte beaucoup de fruit ». Le chrétien change de regard sur Dieu, sur son engagement et ce qui lui arrive dans la mesure où il passe d’une représentation de l’« efficacité » de ses actes et des rites cultuels à la « fécondité » de l’agir divin. Qu’en est-il des autres croyants, notamment les juifs, les musulmans et les adeptes des religions des ancêtres ?
 
Quand les résultats positifs de l’agir humain, y compris religieux, tardent à venir, la tentation est grande, pour beaucoup d’Africains et d’Occidentaux, de chercher des coupables ou, plus facilement, des boucs émissaires, comme des forces mystérieuses et secrètes, des sorciers, des ancêtres ou divers complotistes autochtones ou étrangers. Finalement, où faut-il chercher les explications, les causes et les responsables des crises : erreurs humaines, fautes individuelles ou collectives ? Trouver un bouc-émissaire est souvent une solution psychologiquement et socialement moins couteuse que de se remettre en question.
 
Ce questionnement concerne le social, le religieux et le politique, en Occident comme en Afrique. Si les engagements socio-économiques ne portent pas les fruits escomptés, il est tentant de trouver des boucs émissaires : partis politiques, journalistes, scientifiques, étrangers, etc. Les premiers responsables auront tendance à ne pas reconnaître leur mauvaise gestion, la corruption du système qu’ils ont mis en place, leur incompétence ou, pire, leur perversité. René Girard a construit une des théorisations parmi les plus fécondes de ce mécanisme, en mettant en relief l’idée d’une « crise mimétique ». La sortie de crise s’opère par la violence focalisée sur une victime unique, désignée comme responsable du désordre collectif ou, à défaut de l’exécution de la victime, par un sacrifice rituel de substitution. Ce mécanisme est-il universel ? Est-il vrai, comme semblent l’affirmer Girard et James Allison, qu’avec le Christ, la violence mimétique et le sacrifice sont détruits de l’intérieur ?
 
Certains théologiens et chercheurs, comme Kä Mana et Achille Mbembe, essaient de sortir de la logique du  bouc émissaire, tout en mettant en relief les contextes de l’évangélisation, en particulier les structures de domination, l’esclavage, le colonialisme, le néocolonialisme, etc., sans nier les responsabilités des Africains dans les diverses crises systémiques qui touchent le continent. Ils développent une auto-critique des choix métaphysiques, religieux, politiques et sociaux opérés par les Africains eux-mêmes et en appellent à une nouvelle éthique et à la responsabilité collective.
 
Tout au long de ce séminaire, il s’agira d’analyser les relations et les implications politiques et religieuses des uns et des autres, générations et groupes sociaux. Il faudra aussi articuler la réflexion face à l’histoire et aux religions, comme le judaïsme, le christianisme, l’islam, les religions des ancêtres, etc. En croisant les regards sur la notion de responsabilité, en Occident comme en Afrique, et en analysant autant l’engagement des croyants que celui des divers responsables sociopolitiques, il devrait être possible de mieux comprendre pourquoi le recours aux boucs émissaires constitue une solution inacceptable.
 
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Fri Oct 16, 2026 at 10:00 AM to Fri Apr 02, 2027 at 01:00 PM
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2026-10-16 10:00:00 2027-04-02 13:00:00 Europe/Paris Séminaire transdisciplinaire en études africaines 2026-2027 Reservations on : https://www.billetweb.fr/seminaire-transdisciplinaire-etudes-africaines-26-27 -- Des boucs émissaires à la responsabilité collective Regards croisés sur les violences et les victimes en Afrique   Face aux crises sociopolitiques, à l’insécurité et aux peurs provoquées par les épidémies de sida et d’ebola ou la peur des étrangers, la recherche des causes conduit certains Africains et Occidentaux à trouver des explications scientifiques. D’autres proposent des réponses plus ou moins religieuses jetant des ponts entre des imaginaires collectifs sous forme de conspirations et de complots. Comment penser l’engagement des croyants face à des situations sociopolitiques qui semblent s’imposer à eux ? Le croyant vise une certaine « efficacité » quand il s’engage dans la prière ou en faveur des personnes défavorisées. Peut-il s’inspirer d’Ignace de Loyola, en priant comme si tout dépendait de Dieu et en agissant comme si tout dépendait de lui ?   Durkheim a montré que les rites produisent une « force collective » réelle qui cimente la communauté morale des croyants, indépend… Institut Catholique de Paris, Rue d'Assas, Paris, France Institut Catholique de Paris
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