Jeudi 26 novembre 13h30-18h30 et vendredi 27 novembre 9h-18h
Transmettre l’expérience du réel collectif.
Ecrits de femme à la première personne en France et en Italie de 1945 à nos jours.
Organisée par Clélie Millner, Maîtresse de Conférence en littérature comparée, Faculté des Lettres de l’Institut Catholique de Paris et et Sylvie Servoise, Professeure des Universités en Littérature comparée, Le Mans Université.
La citation que nous avons choisi de mettre en exergue dans l’intitulé de ce colloque est empruntée à Amelia Rosselli1, en réponse à une question portant sur les enjeux de la poésie. Amelia Rosselli (1930-1996) était une écrivaine engagée, animée d’un « humanisme révolutionnaire » et ses textes poétiques ont un caractère politique assumé. Si son œuvre provoque un regain d’intérêt critique et éditorial ces dernières années, c’est avant tout autour de la republication en France de son texte en prose Journal obtus (Ypsilon, 2025), qui prend la forme d’une méditation en fragments à la première personne et qui joue sur les codes du journal intime. Une considération similaire pourrait être faite sur la réédition des textes à la première personne d’écrivaines devenues des figures de proue des librairies italiennes et françaises : nous pensons notamment aux écrits essayistiques de Natalia Ginzburg republiés eux aussi en France chez Ypsilon (Les petites vertus, Ne me demande jamais…), mêlant des anecdotes personnelles à des considérations littéraires, politiques, existentielles et quotidiennes et qui, dans la réception, paraissent avoir pris le pas sur les romans qui avaient fait connaitre leur auteure ; ou encore à la grande diffusion des récits autobiographiques et autofictionnels de Goliarda Sapienza, qui ont inspiré le film Fuori de Mario Martone sorti fin 2025.
Ces quelques figures ne sont bien entendu pas isolées dans la seconde moitié du XXe siècle (nous pensons notamment et sans tendre à l’exhaustivité à Cristina Campo, Alice Ceresa, Grazia Delleda…) et aujourd’hui (Elena Ferrante, Nadia Terranova, Claudia Durastanti…) et témoignent, dans l’écriture féminine italienne, d’une coïncidence – ou d’un jeu dialectique – entre le personnel et le collectif, que l’on retrouve dans le champ français, au XXe siècle (de Simone de Beauvoir à Annie Ernaux, en passant par Nathalie Sarraute, Marguerite Duras ou Violette Leduc pour ne parler que des plus célèbres) et au XXIe (le champ est là aussi fort large, d’Olivia Rosenthal à Adèle Yon).
L’enjeu d’une étude conjointe de ces corpus serait celui d’un usage en littérature de la première personne qui n’est jamais strictement égotique ou solipsiste et qui, sans tendre à l’universel ou au témoignage anthropologique (comme Lévi-Strauss le disait des Confessions de Rousseau) caractériserait une certaine littérature féminine dans les champs culturels français et italien. A travers les notions diverses d’autobiographie, d’autofiction (Doubrovsky), d’autoportraits (Beaujour), de témoignage ou d’autothéorie, mais aussi à travers les genres poétiques et essayistiques, notre colloque se propose d’interroger les enjeux et spécificités d’une parole féminine située qui se confronte, en première personne, aux problématiques existentielles et politiques de son temps.